La vigne est une chimère végétale : l’importance du porte-greffe






Si vous passez à côté d’une parcelle de vigne, il est difficile d’imaginer que cette dernière est composée de deux parties distinctes, fusionnées pour rendre la plante adaptée à son environnement. Et pourtant, toute la vigne en France ou presque est le résultat de l’assemblage de matériels végétaux distincts : un greffon et un porte-greffe.


Le porte-greffe est la partie inférieure de la plante, celle qui va ancrer la vigne dans le sol, y puiser l’eau et les éléments minéraux nécessaires à son bon développement, à sa photosynthèse, à sa croissance. Le greffon supérieur va porter les feuilles, et réaliser entre autres la fructification : c’est lui qui donnera les raisins.


Mais pourquoi une telle gymnastique végétale est-elle nécessaire ? Deux raisons à cela ; la première est historique, et liée à l’épidémie de phylloxera de la fin du 19ème siècle. Ce puceron, ramené sans le savoir du continent américain sur des vignes qui furent plantées en France, parvint à ravager la quasi-totalité du vignoble français. Il se répandit en outre dans le monde entier, avec des conséquences tout aussi drastiques. Il fallut, pour surmonter la crise, arracher les vignes et planter des vignes américaines, immunisées contre l’insecte, et au sommet desquelles furent ainsi greffées les cépages locaux de chaque région. La vigne chimère était née.


La seconde raison est plus subtile, et contribue encore aujourd’hui à la viticulture de précision que nous connaissons. Les porte-greffes peuvent en effet être adaptés au type de sol, au climat, au mode de conduite : en bref, au terroir de la vigne. Les vignerons peuvent choisir des porte-greffes vigoureux pour aider la vigne sur les terrains les plus pauvres, ou au contraire tempérer la vitalité de leurs cépages sur sol riche, avec un porte-greffe faible. Certains sont aussi capables de s’affranchir de la rudesse des sols : toute la Champagne calcaire par exemple est plantée sur un porte-greffe qui permet aux racines de grandir malgré la présence de ce calcaire, sur lequel la vigne ne se plait pas s’il est trop concentré dans les parcelles.



La tragédie du phylloxera aura ainsi permis de coloniser encore plus de terrains, plus de sols, et de faire renaître de plus belle la culture de la vigne en France, en Europe et dans le monde entier. Bien sûr, nous dressons un tableau rapide des racines et des développements de la vigne chimère : mais ce qui compte le plus, ce sont les vins que nous obtenons depuis maintenant plus de 150 ans, et dont vous trouverez certains des descendants dans notre cave !




À très bientôt,

Christophe.


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